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La figure archétypale de la pute.

Voilà quelques années maintenant que je tombe régulièrement, au fil de mes lectures, ou des podcast que j'écoute, sur le mot archétype.


Mais qu'entendons nous par l'utilisation de ce terme dont la sonorité semble prendre racine dans les origines de l'humanité?


Comme nous l'explique la psychanalyste Muriel ROJAS ZAMUDIOU dans son livre Dialogue avec nos Déesses Intérieures, les "personnalités types universelles sont ce qu'on appelle en psychologie jungienne des "archétypes". Comme le suggère leur étymologie, elles sont les modèles primitifs à l'origine de nos comportements et croyances, avant même que l'éducation ne nous amène à les individualiser."





Pour Muriel R.Z., c'est l'archétype d'Aphrodite qui incarne la puissance féminine à l'état brut. Tout ce qui attrait aux "sensations et aux émotions, dénué de toute rationalisation dans sa façon de donner ou recevoir." Ancrée dans le moment présent elle se vit consciemment ou inconsciemment comme un objet sexuel au fait de son pouvoir sur l'autre. Elle a besoin d'être reconnue voir adulée et préfère l'énergie de la conquête à la sécurité du règne. Elle sait trouver l'équilibre entre autonomie et ouverture du cœur.

Mais si on y regarde de plus près on comprend que c'est sa libido que la répression culturelle cherche à dominer car elle représente "la supériorité de la pulsion sur le rationnel."

La notion de libido est à prendre dans le sens psychanalytique du terme: "Énergie psychique vitale ayant sa source dans la sexualité au sens large, c'est-à-dire incluant génitalité et amour en général (de soi, des autres). "


Chaque archétype a son ombre et sa lumière. Dans le cas présent l'aspect ombre serait l'avidité, le besoin de combler le manque au sens large. Ces ombres relèvent In extenso de tous les actes dont nous sommes capables même en dépit de nos valeurs, pour combler nos manques.

A contrario, de la même manière qu'elle est capable de trahir ses valeurs, elle sait également s’affranchir des fidélités inconscientes et sortir de l'amour inconditionnel. C'est la déesse du marchandage. De l'échange de bon procédé. Le donnant-donnant. Elle veut bien donner de sa personne, mais il faut qu'elle y trouve son compte. On peut être dans cette démarche lorsqu'on privilégie son confort en dépit de son intégrité. Lorsqu'on va tous les jours travailler alors même que notre job ne nous fait plus vibrer (quand il ne nous coûte pas), ou lorsqu'on garde dans notre entourage des gens par pur et simple intérêt.


Le but du jeu c'est de réussir à créer l'alchimie. A transformer ces actions qui prennent racines dans la peur d'un manque pour créer une vie guidée par l'Amour... des autres, ou de soi-même.


Il y a quelques temps, j'ai fait la découverte dans l'émission Le Doc Stupéfiant : La prostitution, du XIXe siècle à nos jours d'une personnalité qui m'était jusque là inconnue. Pourtant de part son statut elle a joué un rôle déterminant dans l'histoire de la littérature française: elle fût la muse "régulière d'un des plus grands poètes du XIXème siècle, Charles Baudelaire. Elle, c'est Jeanne Duval, demie mondaine originaire de St Domingue. Minorité visible déjà pour l'époque, en marge de la société de part sa profession, elle est pourtant, peut-être après la mère du poète, l'amour de la vie de Baudelaire, et lui inspirera certains des plus beaux poèmes comme Le Serpent Qui Danse ou encore La Chevelure, tous deux extraits du recueil les Fleurs du Mal.

La muse et maîtresse de Beaudelaire, Jeanne Duval.

Pourtant, aujourd'hui encore lorsqu'on parle de Jeanne Duval, la critique ne peut s'empêcher de la comparer à un monstre assoiffé d'argent, opportuniste et toxique. Sur leur 14 années de relation certains courriers écrits par le poète ont été préservés par ses proches à sa mort. Ils sont tous à charge contre Jeanne. La mère du poète qui n'a jamais accepté la relation de son fils de son vivant a veillé à faire disparaître toute la correspondance de Jeanne à destination de son fils. Il nous est donc impossible aujourd'hui de traduire de manière fidèle la teneur de leur relation. Ce qu'il en reste c'est l'idée que l'ignoble prostituée a dépouillé le grand Charles Beaudelaire. Qu'il vécu malheureux par sa faute. On rappelle quand même qu'au XIXème siècle en tant que femme déjà, non mariée et métisse, elle n'avait pas plus de valeur qu'un chien errant, tant aux yeux de la loi que de la société. Et que le seul recours pour parvenir à un niveau de vie décent pour une femme du XIXème était de se prostituer. En 1804 le Code civil napoléonien a effacé les quelques dispositions prises en 1792 sur le droit au divorce et restaure l'incapacité civile des femmes mariées. Ce qui signifie que même pour une femme de "bonne famille" il est impossible de divorcer certes, mais également d'avoir une correspondance privée et pouvoir choisir ses fréquentations, ouvrir un compte en banque et disposer de son salaire (le salaire de la femme revenait au mari), voter, aller à l'encontre du bon vouloir du chef de famille. Bref, je ne vous apprends rien, les femmes avaient le droit d'être de beaux meubles féconds! La bonne époque quoi ! Donc il est aisé d'en déduire qu'à cette période, et dans toutes les couches de la société, que les femmes se prostituaient d'une manière ou d'une autre... certaines dans le cadre légal du mariage, et d'autres dans des maisons closes.

En partant du principe que nous avons tous des aïeules qui ont dû se prostituer pour survivre, peut-être que nous pouvons adoucir notre regard sur l'idée que nous nous faisons non pas de cette activité, mais de cette figure. Interrogeons-nous aujourd'hui sur les sujets dans lesquels nous troquons nos propres valeurs par confort ou par peur. Et peut-être que comme Aphrodite, nous réussirons à honorer nos besoins à travers des actes d'amour.


Pour ma part j'ai été touché de découvrir l’existence de la séduisante Jeanne Duval, de sa force et de son histoire. Et vous? Est-ce que dans certains aspects de votre vie, vous vous retrouvez dans cet archétype?

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